Faire du vélo est bon pour la santé, Fabien l’a bien montré dans son billet Faites du Vélib’ pour vous maintenir en forme !. De mon côté, je vous avais parlé des résultats de l’enquête d’Airparif sur l’exposition à la pollution lorsque que l’on circule à vélo en ville. Vos commentaires ont soulevé cette nouvelle question : les bénéfices santé du vélo sont-ils toujours valables quand on pédale en ville au milieu d’une circulation automobile dense ?
J’ai interrogé le docteur Jean-Luc Saladin, médecin généraliste au Havre, directeur de thèse, conseiller scientifique de la Fédération française des usagers de la bicyclette (Fubicy) et délégué modes doux de la Ville du Havre.
Docteur Saladin, vous êtes un fervent défenseur du vélo comme mode de transport, pourquoi ?
Docteur Jean-Luc Saladin : En tant que médecin, j’ai eu le déclic en 1974. La voiture en ville ne permet finalement que de faire des sauts de puce et surtout les polluants et la sédentarité qu’elle génère constituent un problème de santé publique. Une étude danoise a montré que ceux qui vont au travail à vélo ont une mortalité réduite de 40% par rapport à ceux qui empruntent les transports en commun. La littérature scientifique est abondante sur la question de la santé comparée des gens physiquement actifs ou inactifs, au delà de la question du vélo. On aurait ainsi par exemple une réduction d’environ 50% des maladies cardiovasculaires, d’au moins 25% des cancers, ce taux allant au moins jusqu’à 40% pour ceux du sein et du colon. Dans l’état actuel des connaissances, il apparaît qu’il est plus dommageable pour la santé de ne pas faire de vélo que de le pratiquer. Développer la pratique du vélo est un outil de santé publique.
Mais au sein d’une circulation dense, est-ce qu’une partie des bénéfices santé du vélo sont perdus à cause de la pollution à laquelle on s’expose ?
Docteur Jean-Luc Saladin : La réponse est complexe, plusieurs facteurs entrent en jeu et d’abord celui de l’exposition à la pollution en fonction du mode de transport.
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Premièrement, le vélo est le mode de déplacement le plus rapide en ville et ainsi celui où le temps d’exposition à la pollution est le plus court pour un même trajet. Toutes les comparaisons effectuées en heure de pointe concluent que l’on se déplace plus vite en vélo qu’en voiture, en bus ou en métro, à quelques exceptions près bien sûr. Seuls les deux roues motorisés sont plus rapides.
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Deuxièmement, dans la circulation, c’est en voiture que l’on s’expose le plus à la pollution. Par exemple, l’étude réalisée pour l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail notamment par Jean-Paul Morin de l’université de Rouen et chercheur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a mesuré l’exposition aux polluants à l’intérieur de l’habitacle d’un véhicule équipé de capteurs dans la ville de Rouen. Les pics constatés, s’ils étaient mesurés dans une usine, conduiraient à sa fermeture pour raisons de sécurité ! Et ce parce que, pare-chocs contre pare-chocs, la prise d’air de la voiture aspire directement les émissions du pot d’échappement de la voiture de devant. Le métro est bourré de particules polluantes et en bus, l’exposition aux polluants est comparable à celle des cyclistes mais dure plus longtemps.
Pour un même trajet, on s’expose donc moins longtemps à la pollution en vélo qu’en choisissant un autre mode de transport.
Un de nos internautes, Géo, a souligné dans un commentaire sur le billet Vélib’ et exposition à la pollution que “lors d’un effort physique, la vascularisation des muqueuses respiratoires, les bronches, augmente considérablement, et cette vascularisation entraîne une plus grande perméabilité aux agents externes, polluants, irritants, toxiques”. Qu’en est-il ?
Docteur Jean-Luc Saladin : C’est l’autre facteur important pour répondre à votre question. Pour le même effort physique et ainsi le même volume d’air consommé on parcoure la même distance trois fois plus vite en vélo qu’à pieds. Le piéton est donc plus exposé que le cycliste à condition que ce dernier n’aille pas jusqu’à l’hyperventilation. En effet, lorsque que l’on fournit un effort trop intense, on hyperventile, la respiration s’accélère et s’amplifie, les bronches se dilatent. On s’expose donc plus intensément aux polluants quoique sur un temps plus court. Cela-dit aujourd’hui, on ne dispose pas d’études scientifiques qui mesurent les effets nocifs de cette surexposition par rapport à celle plus longue du piéton. Je conseille aux cyclistes de maîtriser leur effort pour ne pas aller jusqu’à l’hyperventilation. L’idéal est de mouliner gentiment sans aller jusqu’à transpirer. Mieux vaut pédaler vite et régulièrement que de donner des grands coups de pédaliers.
Quels autres conseils donneriez-vous aux cyclistes pour limiter leur exposition aux polluants ?
Docteur Jean-Luc Saladin : Pour mieux maîtriser l’intensité de l’effort physique, on peut choisir une vitesse inférieure. Et surtout, il faut éviter au maximum de se mettre dans la veine gazeuse des pots d’échappement en privilégiant les pistes cyclables, les trajets alternatifs pour éviter les grands axes qui bouchonnent et, aux feux rouges, en allant se placer devant les voitures. Enfin, pour ceux qui le souhaitent, ils peuvent comme moi investir dans un masque filtrant professionnel (norme FFP3). Confortable, il protège des particules polluantes mais pas des gaz et notamment des nitreuses qui relèvent d’une question plus globale de santé publique. En tant qu’utilisateurs de vélo, nous ne générons ni pollution ni bruit – qui est une autre pollution terrible en ville – et nous contribuons à réduire les dépenses de santé. Nous réclamons donc le droit à respirer un air sain. L’idéal, ce serait des axes complètement démotorisés, des couloirs verts réservés aux marcheurs, joggeurs, cyclistes qui seraient, je pense, rapidement noirs de monde. La voiture est un répulsif à humain.
Merci au docteur Saladin pour toutes ces précisions qui, j’espère, ont autant éclairé vos lanternes que les miennes !
Pour aller plus loin : la thèse de doctorat de médecine de Sylvain Emo, Activité physique et santé : étude comparative de trois villes européennes, sous la direction du docteur Jean-Luc Saladin et soutenue en 2004 est téléchargeable (177 pages)



“Pour un même trajet, on s’expose … moins longtemps à la pollution en vélo qu’en choisissant un autre mode de transport.”
Je n’y crois pas. Lors de mon trajet bi-quotidien d’1/2 heure à Vélib à travers Paris, il me paraît évident que j’absorbe beaucoup plus de gaz et de particules toxiques que pour le trajet équivalent en métro.
C’est bien d’être enthousiaste pour le vélo, et c’est bien de dénoncer le danger de la pollution pour les piétons et les automobilistes, mais il ne faut pas pour autant minimiser le risque et le désagrement posés par la pollution aux cyclistes.
D’ailleurs, le docteur se contredit immédiatement après :
“on ne dispose pas d’études scientifiques qui mesurent les effets nocifs de cette surexposition par rapport à celle … du piéton”
“il faut éviter au maximum de se mettre dans la veine gazeuse des pots d’échappement en privilégiant les pistes cyclables”
Haha, pour la circulation à Paris, très drôle!
Comment par Kai Carver — 28 septembre 2008 @ 14:50
Bonsoir,
Merci pour ces preçisions que chacun appréciera à sa manière.
Moi, je suis plutôt de l’avis de Kai Carver!
Néanmoins, y-at’il des solutions pour remédier à ce problème? Est-il utile de se couvrir le nez et la bouche à l’aide d’une echarpe par exemple afin d’absorber le moins de polution possible?
Comment par zinoup — 29 septembre 2008 @ 23:04
L’idéal est d’utiliser Vélib’ avec un scaphandre dans une chambre stérile. Ainsi, c’est sans risque aucun !
Comment par Zaz — 30 septembre 2008 @ 14:23
Je suis moi aussi un ultra du vélib’, le fait de rouler en ville avec un réseau automobile dense, m’a fait très vitre prendre conscience avec les problématiques actuelles. Que la densité des véhicules à énergie fossile est trop importante. Le contraste à vélo est saisissant.
Au final, roulant assez vite, je transpire rapidement. La sensation sur des axes fréquentés est désagréable, l’impression de littéralement manger des particules n’est pas infondé. En particulier sur les véhicules diesel & co. Un petit classement décroissant, Bus Ratp, Vieilles voitures, Camions, Motos, Scooters, et voitures. Mention spéciale au Éboueurs pour leur cargaison.
Personnellement, j’évite au maximum ses axes et optimise mes trajets via les petites rues aménagées ou non. Les “pionniers” actuels devront forcément subir cette situation mais pour un bénéfice sans doute bien plus important …
Au final je suis heureux de voir que bcp prennent consciences des enjeux actuels et suis fière de voir tjrs plus de bornes et de vélos en ville. C’est à mon sens une véritable révolution silencieuse, au propre comme au figuré
et cela mérite un petit peu d’extrémisme pour faire changer les idées. Donc pour clore, rouler avec un masque c’est mieux et rouler à vélo c’est toujours plus sympa que dans son monde. Vive l’altruisme.
Comment par Ji — 7 octobre 2008 @ 11:57
Les “Pionniers” actuels du velo ??? C’est drole j’avais l’impression d’être pionnière quand je me suis mise au vélo dans Paris en…. 1993 !! Depuis, et surtout depuis l’invention (géniale) du vélib c’est plutôt devenu une mode.
Ce sera toujours sans masque et sans casque pour moi ! Je suis d’accord avec le docteur Saladin, je vais plus vite que tous les autres utilisateurs des voies parisiennes (piétons, automobilistes et usagers des transports en commun) à l’exception des 2 roues motorisés et suis certainement en bien meilleure santé.
J’apprecie les voies cyclables sauf qu’il faut aller les chercher (un coup a droite, un coup a gauche, parfois au milieu) et souvent le plus dangereux c’est justement de traverser pour les trouver. Clairement je prefere les petites rues sans aménagement aux grandes arteres embouteillées.
Bon point : visiblement les autres utilisateurs des voies parisiennes (automobilistes et chauffeurs de bus et de taxis) ont compris qu’ils devaient faire avec les velos/velibs et sont nettement plus civiques dans leur comportement, y compris verbal, qu’il y a 1 an. Les piétons, ce n’est pas encore tout à fait ça mais ils ralent souvent beaucoup moins fort !
PS : le problème de pollution en vélo est le même que pour les joggeurs (dont je fais partie) mais tant que nous ne serons pas plus nombreux, Paris ne se dépolluera pas.
Comment par Emma — 9 octobre 2008 @ 1:06
Héhé je ne disais pas n’importe quoi. Je comprend l’avis du Dr Saladin, mais dans la pratique il est rare de ne pas augmenter son effort physique à vélo.
Comment par Géo — 10 octobre 2008 @ 16:56
Apparemment, selon une étude anglaise - faut que je la retrouve - si les bronches sont plus développées lors d’un effort, avec ingestion de polluants, elles sont également dans ces conditions plus aptes à rejeter les polluants. En gros, on élimine plus de polluants lors d’un effort que lors de conditions normales.
Comment par Pierrox — 11 octobre 2008 @ 16:54
Après et pendant ma grave maladie le fait d’etre montée sur un velib’m'a redonné une joie de vivre et une vialité hors du commun.J’ai de ce fait pris un abonnement pour 1 an.Traverser le pont Alexandre 3 c’est magiue!Merci à cette bele ignitiative
Comment par de lafrégeyre christelle — 10 novembre 2008 @ 11:37