Vélib’ et le renouveau du vélo à Paris
samedi 7 février

Vélib’ et le renouveau du vélo à Paris

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Le nombre de déplacements à vélo a doublé entre 2001 et 2010 en Ile-de-France et ce regain d’intérêt pour la petite reine est particulièrement vrai pour Paris où la part modale a triplé en dix ans ! Notre Vélib’ n’est pas étranger aux nouveaux usages constatés… Éclairage de Jérémy Courel de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France.

Depuis 30 ans, une analyse de grande ampleur des déplacements des Franciliens est réalisée régulièrement afin de connaître les pratiques et analyser leur évolution. Les données de la dernière Enquête Globale de Transport (EGT), menée en 2010 auprès de 18 000 foyers soit 40 000 personnes interrogées, continuent de livrer leurs enseignements. Jérémy Courel et Dominique Riou de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU IDF) ont consacré une note en décembre 2014 au cas précis du vélo en Ile-de-France : « Le vélo retrouve sa place dans les mobilités du quotidien ».

On prend deux fois plus le vélo au quotidien

Premier enseignement : on se déplace deux fois plus à vélo en 2010 qu’en 2001, avec 650 000 déplacements réalisés chaque jour à vélo. Certes la part modale reste modeste avec 1,6% des 42 millions de déplacements quotidiens des Franciliens effectués à vélo.

Notons que si l’on considère les déplacements où les transports collectifs sont utilisés en complément du vélo, le nombre de déplacements quotidiens grimpe à 715 000 par jour. Vive l’intermodalité des transports.

Par ailleurs, la distance moyenne parcourue à vélo par les Franciliens augmente : de 1,2 km en 1976 à 2 km en 2010. Plus d’usagers du vélo réalisant des trajets plus longs signifie « que la zone de pertinence du vélo tend à s’accroître et à couvrir une part grandissante des déplacements quotidiens ». C’est encore plus vrai dans Paris.

Dans Paris, l’usage du vélo a triplé en dix ans !

Si le vélo « reste minoritaire dans la mobilité régionale », on constate « des signes forts de renouveau » et notamment Paris qui « voit sa mobilité quotidienne à vélo décoller » note l’IAU-IDF.

Le vélo est utilisé pour 3% des déplacements internes à Paris ce qui correspond au double de la moyenne régionale et à un triplement de l’usage du vélo en dix ans. Le vélo dans Paris représente même 8% des déplacements mécanisés.

8% des déplacements mécanisés se font à vélo

« Cela correspond à tous les modes de déplacements à l’exclusion de la marche qui demeure le principal mode de déplacement (près de 60%) » précise Jérémy Courel. L’enquête globale transports ne se limite pas aux trajets usuels mais analyse tous les déplacements. D’où l’importance de la marche. En ne regardant que les ratios entre les modes de transport mécaniques concurrents (transports en commun, voiture, deux-roues-motorisés et vélo), on apprécie ainsi mieux l’intérêt du vélo pour les usagers.

Un mode de déplacement pertinent

« C’est bien inférieur au poids des transports en commun » dans Paris « mais tout à fait comparable aux autres modes mécanisés » souligne l’étude de l’IAU. 240 000 déplacements quotidiens à vélo à Paris contre 540 000 en voiture et, depuis 2010, le vélo est « largement plus utilisé que les scooters ou les motos » qui n’atteignent pas les 150 000 déplacements à l’intérieur de Paris.

Des ratios qui montrent la « pertinence relative du vélo » dans « un univers urbain dense et de proximité ». Bien sûr, « il y a deux fois plus de déplacements en voiture plutôt qu’en vélo » et il ne s’agit pas « d’opposer strictement » les modes de déplacements entre eux, précise  Jérémy Courel. Mais ces rapports montrent que, sur des trajets courts, le vélo « a une réelle pertinence ». En bref, c’est un mode de déplacement adapté et de plus en plus apprécié.

L’effet Vélib’

« En 2010, le Vélib’ correspondait à 80 000 déplacements par jour » explique Jérémy Courel, soit « 10 à 12% des déplacements à vélo en Ile-de-France ce qui est loin d’être négligeable ». Et lorsqu’on ne regarde que les déplacements dans Paris, « un quart des déplacements vélo intra-muros se font à Vélib’ ». Une part qui ne cesse de croître avec maintenant plus de 120 000 trajets effectués par jour à Vélib’.

En 10 ans, « le Vélib’ a fortement contribué à la progression de l’usage du vélo dans Paris » juge Jérémy Courel qui estime que le Vélib’ peut être tenu responsable de 40% de cet accroissement. L’image du vélo a évolué en Ile-de-France, de même que ses usages et usagers.

L’image réductrice des « bobos »

Dans les années 70, le vélo était le mode de déplacement des jeunes pour leurs trajets scolaires et des ouvriers et employés pour aller au travail. « En 1976, 50% des déplacements à vélo étaient réalisés par des élèves et étudiants, explique Jérémy Courel. En 2010, les élèves n’utilisent pas ou beaucoup moins le vélo : ils ne contribuent plus qu’à environ 20% des déplacements vélo alors qu’ils sont plus nombreux qu’en 1976 ». En ce qui concerne les ouvriers, « ils utilisent autant le vélo qu’il y a trente ans mais sont moins nombreux dans la population », d’où leur forte diminution dans la part des usagers (de 15 à 7% des déplacements). Si les déplacements domicile-travail sont le premier motif d’usage du vélo (30%), la grande évolution réside dans la part des déplacements de loisirs qui sont deux fois plus nombreux en 2010 qu’en 1976 (22%).

L’autre nouveauté réside « dans la part de cadres, professions supérieures et intermédiaires dans les usagers : alors qu’ils n’utilisaient pas le vélo pour se déplacer en 1976, qui était alors un marqueur social, leur poids dans la mobilité à vélo a été multiplié par 10 : de 4 à 38% » explique Jérémy Courel. « Si effectivement les cadres et professions intermédiaires se sont mis au vélo, ils ne sont pas les seuls usagers » conclue-t-il. L’image des « bobos », associée en particulier au Vélib’, si tant est que tous les cadres et professions intermédiaires puissent être assimilés à des bobos, est ainsi réductrice.

Le rôle symbolique du Vélib’

Par contre « symboliquement, le Vélib’ a montré qu’il était possible de se déplacer à vélo dans Paris et a donné envie à certains d’essayer » souligne-t-il. Un cercle vertueux, favorable au développement du vélo, a été mis en branle avec Vélib’. Premier effet, « le Vélib’ a rendu le vélo plus secure, car plus il y a de vélos moins il y a d’accidents ». L’étude souligne que le risque diminue : l’accidentalité demeure stable sur la période 2001-2010 alors même que l’usage du vélo a doublé. Avec la politique cyclable et le Vélib’, « les aménagements cyclables qui n’en étaient qu’à leurs balbutiements dans le milieu des années 90 ont été multipliés » ajoute-t-il (+300% entre 1999 et 2012 pour Paris et les départements limitrophes).

« Vélib’ a largement contribué à légitimer la présence du vélo en ville, a créé un espace visible pour lui et affirmé que le vélo et les politiques en faveur du vélo avaient leur place en ville » conclue-t-il.

A lire « Le vélo retrouve sa place dans les mobilités du quotidien », Jérémy Courel et Dominique Riou, Note rapide n°670, décembre 2014, IAU IDF.

http://www.iau-idf.fr/savoir-faire/nos-travaux/edition/le-velo-retrouve-sa-place-parmi-les-mobilites-du-quotidien.html

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Les derniers commentaires

Albouze laurence dit :

Toujours au sujet des bus,j’ai déjà vu des vélo qui ne se soucient pas de la gêne qu’ils occasionnent pour les transports en communs. Si chacun à le droit de se déplacer comme bon lui semble il faut se rappeler que dans un bus au heures de pointes il peut y avoir plus de 100 personnes et donc que l’on ne peut pas imposer sa propre allure à autant de personnes qui entre parenthèses font l’effort d’emprunter les transports. Partageons la voie publique mais soyons responsables et logiques 100 personnes dans un bus ont, il me semble priorité de passage contre une seule personne sur son vélo ou tout du moins faciliter leur circulation d’une manière fluide.

Mathieu_exCO dit :

@JCourel
Merci pour cette précision 🙂

JCourel dit :

@Mathieu et Emmanuelle : le terrain de l’enquête utilisée ici (Enquête Globale Transport) a été réalisé entre octobre 2009 et mai 2011. Les données sont donc « anciennes » pour ce genre de mesure (la part du Vélib’). En revanche ce sont les seules qui permettent d’analyser finement les évolutions de comportement à long terme.

Mathieu_exCO dit :

Je me joins à Emmanuelle pour les remerciements concernant un des rares articles traitant de vélo 😉

Et je la rejoins sur la proportion, d’après le bilan des déplacements à Paris en 2013 Vélib représentait sur la journée de mesure annuelle 44% des vélos.

Emmanuelle ex-Co dit :

Merci pour cet article qui parle de vélo 😉
Je suis surprise qu’on estime qu’à 25 % la part de vélib dans les déplacements Paris intra muros. A l’époque où nous étions au comité usagers vélib, on nous avait parlé de 35 % environ. Depuis le nombre de locations quotidiennes a beaucoup augmenté donc ce chiffre de 25 % me parait un peu faible

Jac dit :

il reste à faire la même chose dans TOUTE l’Ile-de-France… où la part du vélo a très largement baissé du fait d’infrastructures totalement inadaptées.

jey dit :

Et ce n’est que le début. Encore plus de vélo. Et laissons la voie aux personnes à mobilité réduite dans les transports en commun ou privée, augmentons les taxi et covoiturages (privés et publiques), bref continuons à civiliser cet espace publique qui n’était qu’une jungle et qui l’est encore un peu trop. Bref ça avance et que cela continue !

Site Officiel Vélib
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