La Préfecture de Police (in)forme les cyclistes
mercredi 5 juin

La Préfecture de Police (in)forme les cyclistes

Marion
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Ce samedi 1er juin, près de 50 cyclistes verbalisés pour des infractions au code de la route ont pu échapper au paiement de leurs amendes. Ils ont participé à la place à des ateliers de sensibilisation et de prévention organisés par la Préfecture de Police. Cette « opération alternative à la sanction » était organisée pour la première fois spécifiquement pour les cyclistes. Reportage.

L’amende ou le stage ?

En ce 1er samedi de juin qui ressemblait enfin à une belle matinée, les 89 cyclistes ayant été verbalisés depuis une dizaine de jours pouvaient se présenter à 8h30 à l’école nationale de police située dans le bois de Vincennes et éviter de payer leurs amendes. Nombreux sont ceux ayant été verbalisés pour avoir grillé des feux rouges (90 euros). D’autres avaient roulé sur le trottoir (90 euros aussi) ou tenaient leurs portable à la main (90 euros toujours). Certains sur leurs vélos personnels, d’autres à Vélib’. 48 cyclistes sont effectivement venus ; les autres devront régler leurs amendes.

Café, thé, jus de fruits et petits gâteaux, l’accueil se veut sympathique. Il s’agit bien d’une opération de prévention. « J’étais venu en pensant me faire sermonner et je suis agréablement surpris ; c’est instructif et pas moralisateur » juge Charles. Il faut dire que dans le petit groupe de 8 avec lequel il est passé par les différents ateliers, l’ambiance était bonne et l’humeur aux plaisanteries. Parcours de maniabilité avec un vélo classique ou électrique, rappel des règles du code de la route et explications des évolutions pour les cyclistes (sas aux feux, contre-sens, tourne à droite), ateliers d’initiation aux gestes de premier secours, les points à contrôler sur un vélo et les équipements obligatoires, les ateliers s’enchainent.

« Instructif et pas moralisateur »

Le passage par celui dédié aux effets de l’alcool et proposé par l’association Voiture and Co conduit à des situations comiques. Car, chacun à son tour, les stagiaires enfilent une paire de lunettes simulant les effets de l’alcool à 0.8 grammes (l’équivalent de 3-4 verres selon les personnes) ou avec des verres teintés pour reproduire les conditions de nuit et 1.5 grammes d’alcool (7-8 verres). À 10h du matin, la surprise est garantie !

« Boire 7-8 verres dans une soirée, cela vous est déjà arrivé ? Sans problème », répondent certains. En temps normal, quand on regarde devant à soi, on est capable de voir à 180° : les bras grands ouverts, on aperçoit le bout de ses doigts. Une fois les lunettes chaussées sur leur nez, les stagiaires devaient rapprocher leurs mains jusqu’à les apercevoir de nouveau. Ils n’avaient presque plus de vision périphérique… Ils devaient ensuite réaliser un parcours des plus simples, serrer une main tendue ou ramasser un stylo tombé par terre. Tous ont titubé lamentablement, se sont heurtés aux cônes oranges, ont tâtonnés pour trouver le stylo.  Effet comique garanti. Le verdict est moins drôle : on ne voit pas les obstacles, on évalue mal les distances, le champ de vision est rétréci, les réflexes sont ralentis.  « Je n’ai jamais été ivre comme cela » estimait une stagiaire.

Il ne s’agit pas de « faire la morale » insiste la bénévole de Voiture and Co, mais vraiment d’informer sur les effets, que l’on soit automobiliste, cycliste ou piéton. « Souvent, le mauvais réflexe est de se dire que l’on a trop bu pour prendre sa voiture et qu’il vaut donc mieux rentrer en vélo » ajoute-elle. Alors que même à pied ce n’est parfois pas raisonnable.

Dans la peau d’un chauffeur

L’atelier avec deux agents du centre de formation de la RATP remporte un franc succès. Autour d’un bus école de 12m (les doubles mesurent 18,75m), le dialogue s’instaure : surprise de Charles d’apprendre qu’un cycliste placé dans l’angle mort d’un bus de 12m ne « réapparaît » dans le rétroviseur du machiniste qu’au niveau de la roue arrière.  « Mais l’angle mort, c’est seulement à droite ? » demande une autre participante. Mais, non ! Des deux côtés et même à l’arrière du bus.  S’y ajoute le danger des porte-à-faux : lorsque le bus tourne à droite, l’arrière du véhicule se déporte sur la gauche. Il y a ainsi un déport de 70 cm, raison pour laquelle il ne faut jamais serrer un bus ou poids-lourd.

Le débat se poursuit sur les relations entre cyclistes et vélos, chacun y allant de son expérience et sentiment sur les attitudes des uns et des autres. « Finalement faut-il ou pas doubler un bus qui est à l’arrêt à une station » demande une participante ? « Est-ce que les chauffeurs sont formés par rapport aux cyclistes » demande une autre.  « Les machinistes participent bien sûr à des ateliers de sensibilisation et on travaille notamment à analyser et comprendre la vitesse du cycliste : il ne s’agit pas de jouer à pince-mi, pince-moi et de se doubler chacun son tour » explique un formateur.

Dans chaque groupe, un volontaire a pu se mettre à la place du chauffeur et réaliser une boucle en évitant les cônes orange matérialisant la route. Catherine s’est lancée, le bus avançant par à-coup : « je n’imaginais pas le stress  que cela représente » ni que « les angles morts étaient si importants ».

« Le risque, ce n’est pas seulement les autres »

C’est aussi le sens du dernier atelier, une intervention de Pierre Toulouse de Mieux se déplacer à Bicyclette (MDB), venu parler des accidents. Un numéro de leur revue « Roue libre » a été consacré à 18 accidents mortels survenus à Paris et impliquant un cycliste (dans l’une d’elles c’est un piéton qui est mort). « Ce ne sont pas des histoires pour faire peur, explique-t-il. Quand on monte sur son vélo, on ne pense pas systématiquement à l’accident et heureusement mais il ne faut pas occulter complétement ce risque. Et le risque c’est aussi moi », insiste-il. Que l’on soit cycliste urbain chevronné ou débutant, à Vélib’ ou fonçant sur son vélo de course, les accidents peuvent arriver à tout le monde martèle-t-il.

« Le langage commun quand on se déplace est le code de la route mais cela ne suffit pas à bien communiquer », l’interprétation de ce que va faire l’autre, de son attitude sont essentiels pour instaurer un bon dialogue. Les trois exemples qu’il a choisi de développer, tous avec des poids-lourds (bus, car, camion), montrent tous que les accidents résultent d’un « défaut de communication » : les protagonistes n’ont pas compris ce qu’allait faire l’autre, ont donc prévu un « scénario » de déplacement erroné et n’ont pas réussi à l’adapter à la situation réelle. L’occasion d’appeler à  la vigilance permanente et au respect de distances de sécurité avec les véhicules, surtout dans les angles-morts, et de rappeler  le mot d’ordre porté par l’association: « être visible et prévisible ».

Un bilan plutôt positif

12h30, l’heure du bilan. Le Commissaire Françoise Hardy a remercié les intervenants et les participants à qui un sac garni d’équipements de sécurité (chasuble, lumière, dépliants informatifs, etc.) a été remis. Elle a rappelé que si les accidents mortels sont en baisse, les cyclistes restent plus vulnérables et exposés aux blessures que les autres.  La première cause d’accident reste l’ouverture de portière à laquelle il faut faire très attention. Les 48 participants étaient invités à remettre leurs contraventions qui, avec l’accord du Procureur de la République, seront classées.

Dehors, les participants semblent tous plutôt satisfaits de leur matinée. Charles ne connaissait pas du tout les équipements obligatoires et s’étonne de ne pas avoir été prévenu quand il a acheté son vélo. C’était également une découverte pour Raoul, aussi « impressionné » par l’atelier sur l’alcool. Jean-Sébastien ajoute que l’atelier avec la RATP était très intéressant. Mais l’essentiel d’entre eux admettent qu’ils n’auraient pas pris le temps volontairement de participer à cette opération.  Autre petit bémol, parmi ceux ayant grillé des feux, certains avouent qu’ils continueront à s’engager dans certaines situations, certes avec prudence, et notamment pour démarrer avant les voitures.

Pierre Toulouse de MdB rappelait lui que l’association cherche à faire évoluer le code de la route, en effet conçu pour les voitures, plutôt qu’à encourager à ne pas les respecter…

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Les derniers commentaires

Morpion cycliste dit :

Bonjour,
Auriez-vous un contact pour bénéficier de ce stage et éviter le racket ?
Merci
MC

jackie dit :

Tous les jours et plusieurs fois au cours de mes trajets à pieds sur les trottoirs, je risque ma vie à cause de cyclistes superbement équipés et protégés qui, malgré la présence de pistes cyclables le long du trottoir, préfère frôler impunément les piétons! A quand les armures pour les piétons! Je me ne sens absolument pas en sécurité. C’est un scandale permanent.

So dit :

Je me suis fait verbaliser aujourd’hui pour un feu rouge (destiné à une sortie de parking Bd St. Germain),que je n’avais pas vu.Aucune voiture n’en sortait.90€ c’est cher payé!
Le vélo à Paris n’est pas favorisé…

manu dit :

peut on arriver en retard ?

Mathieu_exCO dit :

@Piéton
Alors que c’est bien connu, on ne voit jamais le moindre piéton traverser n’importe comment 🙂 Mais cela dit, je te rejoins sur le fond : cyclistes et piétons qui confondent trottoir et piste cyclable doivent être sanctionnés.

Piéton dit :

Les incivilités des usagers de Velib se multiplient. Il est de la responsabilité de la Mairie qui met ces deux roues à leur disposition d’obtenir le respect du code de la route. On n’en peut plus de ces cyclistes qui se croient vertueux parce qu’ils ne consomment pas de carburants et s’estiment de ce fait autorisés à des comportements de voyous. On voit quotidiennement une multitude de cyclistes en infraction défiler sur les trottoirs autour des Invalides, et ce sont presque tous des usagers de Velib. Les uns entrainent les autres. Assez !

Mike dit :

En completement accord avec Urvoy je suis un addict du Velib que j’utlise énormément.
Les feux rouges dans Paris ne sont pas adaptés à la conduite à Vélo.
Souvent, sans piste dédiée, il est necessaire de partir quelques secondes avant si l’on ne souhaite pas être « poussé » par les 50 voitures qui démarrent dèrrière au quart de tour lorsque le feu rouge chge immédiatement. Tentez l’expérience Velib sur Place de l’Opéra vous comprendrez…
Par exemple, certains pays plus malins indiquent le feu orange au passage du rouge et du vert…
D’ailleurs Bravo pour la piste cyclable des Chps Elysées qui était une des zones extrêmement dangereuses à pratiquer à vélo!

Urvoy dit :

Il y a des feux rouge qu’il ne faut surtout pas ignorer car sinon c’est l’accident assuré. En revanche, un feu rouge prévu uniquement pour laisser les traversées des piétons me semble pouvoir être franchi si l’on marque l’arrêt et repart lorsqu’il n’y a plus de piétons en vue. De nombreux feux sont ainsi à Paris.et une modification du code pour les vélos serait bienvenue.

Site Officiel Vélib
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