La pétition pour une ville à 30 km/h
mercredi 22 mai

La pétition pour une ville à 30 km/h

Marion
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Depuis le début de l’année, plusieurs associations se mobilisent en Europe en faveur de l’instauration d’une ville à 30km/h. Une ville où le 50km/h deviendrait alors l’exception et plus la règle. Si elles parviennent à recueillir un million de signatures – objectif de 55 000 en France – en faveur de cette Initiative Citoyenne Européenne (ICE), le texte sera soumis au Parlement européen. Explications de Claude Lievens Souday, administrateur à la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB) et responsable de cette campagne.

Le texte de l’ICE : « Nous suggérons une limitation de vitesse standard de 30 km/h (20 mph) au sein de l’Union européenne pour les zones urbaines / résidentielles. Si elles peuvent démontrer que les besoins environnementaux et de sécurité des usagers les plus vulnérables sont respectés, les autorités locales pourront mettre en place d’autres limitations de vitesse »

Claude, concrètement, est-ce que cette Initiative citoyenne pourrait devenir une loi ?

Claude : Les initiatives citoyennes européennes sont une nouvelle disposition mise en place par l’Europe un peu à l’image des votations citoyennes suisses. Si on atteint le million de signatures prouvées et attestées (le numéro de carte d’identité est précisé) avant le 13 novembre 2013, la Commission européenne saisira le Parlement européen.

Or le Parlement a déjà adopté une mesure en faveur de la ville à 30 km/h mais qui n’est à ce stade qu’une simple recommandation. Notre objectif est que cela devienne une loi, qu’on inverse le paradigme : le 50 km/h ne serait plus la règle et le 30 km/h l’exception mais au contraire on instaurerait une ville où la limite maximum serait fixée à 30 km/h avec, par endroits, des limitations à 50 ou même 80 70 km/h.

Quels sont les arguments en faveur d’une ville à 30 km/h et est-ce crédible ?

Claude : Notre propos a parfois été caricaturé. Il ne s’agit pas de pénaliser les transports en communs qui sont complémentaires des modes de déplacements actifs (marche, vélo). Ainsi l’idée n’est pas de réduire la vitesse commerciale des bus. Il faut maintenir des axes à 50 km/h pour que les transports en commun aient une vitesse attractive.

Ce que l’on demande, c’est un partage de la rue en fonction des usages. Dans un quartier d’habitation résidentiel ou dans un centre-ville commerçant, limiter la vitesse à 30 km/h est une bonne solution. Et d’abord parce que cela réduit les risques d’accidents pour les cyclistes et les piétons. À 50 km/h, le champ de vision est plus réduit qu’à 30 km/h et le temps nécessaire pour s’arrêter est plus important. Dans un choc à 50 km/h, la probabilité pour un piéton d’être tué est de 60% ; à 30 km/h, elle n’est plus que de 15% !

Plusieurs villes ont la volonté d’atteindre une part modale de 15% de déplacements à vélo (contre les 2-3% actuels) d’ici 2020 ; pour l’atteindre, il faut une politique d’incitation. En pacifiant la rue, on crée de nouveaux usages. On fait en sorte que les mères cessent d’interdire à leurs enfants d’aller à l’école en vélo.

On espère aussi bien sûr une réduction de la pollution. Certains prétendent que les voitures polluent moins à 50 km/h, c’est faux : ce sont les inévitables accélérations, freinage et blocages qui polluent le plus. Dans les villes à 30 km/h, à la circulation pacifiée, plus régulière, de nombreux feux et stop deviennent inutiles. Et si la part modale du vélo augmente, c’est autant de pollution en moins là où elle se ressent le plus, en centre-ville. Le bruit est réduit d’environ 3 dB(A) ce qui équivaut à une réduction de moitié du volume du trafic !

Sans parler des bénéfices sur la santé et les économies de dépenses de santé réalisées ; ni bien sûr plus généralement de la convivialité d’une ville à 30 km/h.

Est-ce qu’on est prêts à ce changement ?

Claude : Nos amis les anglais sont déjà passé à une ville à 30 km/h ou plutôt 20 miles / heure (soit 32 km/h). 8 millions d’anglais (près de 15% de la population) vivent sous ce régime et ne s’en portent pas plus mal. On pense même qu’ils s’en portent plutôt mieux ! La résistance au changement est forte parce que les gens ne se rendent pas compte que cela n’allongera pas leurs temps de déplacement. À Fontainebleau, ville à 30 km/h depuis 2010, il n’y a que quelques minutes de différence en plus sur les itinéraire à 30 ou à 50 km/h. À Toulouse, sur un itinéraire de 7,6 km, le temps de parcours moyen passait de 24 à 27 km/h. Or les moitié des déplacements urbains font moins de 3 km…

À Paris, les cyclistes ont de la chance, on progresse, la mairie a réussi  à réaliser 300 km de pistes cyclables. Mais dans de nombreuses villes, notamment de banlieue, ce n’est pas la même chose et on n’aura pas la place de créer des pistes cyclables : la solution est le partage de la rue.

Ce n’est pas un hasard si cette initiative est soutenue en France par autant d’associations et pas seulement cyclistes : la Rue de l’Avenir, Droits du piéton, France Autopartage, la Fédération Nationale des Usagers des Transports (FNAUT), le Club des villes et territoires cyclables, les associations de parents d’élèves FCPE et PEEP, l’Union nationale des associations familiales (UNAF).

Cette initiative est importante parce qu’elle obligera les collectivités locales à se déterminer : elles devront justifier pourquoi elles maintiennent une vitesse à 50 km/h. Une ville a récemment été condamnée pour avoir supprimé des zones 30 simplement car elle ne voulait pas mettre en place des doubles sens cyclables. Elle a dû se justifier et a été condamnée.

Où en est-on de l’objectif des 55 000 signatures en France ?

Claude : Aujourd’hui on trouve que cela ne va pas suffisamment vite, le relai des médias est très important. À chaque nouvel article, on enregistre des pics de fréquentation sur le site. On espère d’ailleurs que les vélibistes vont se mobiliser.

Le site de la campagne, si vous avez besoin d’arguments complémentaires http://ville30.org.

Et pour soutenir et signer la proposition 30km/h : redonnons vie à nos villes !

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Les derniers commentaires

ELISABETH - EX COMITE dit :

En voulant pacifier la rue, on n’empêche pas le sexisme : « les mères cessent d’interdire à leurs enfants ». Et les pères, ils ne s’occupent pas de leurs enfants ?
Dommage d’écrire un chouette article plutôt bien argumenté sur une pétition et un projet qu’il faut soutenir, tout en laissant passer des horreurs pareilles !

ConcordeAF dit :

Je propose de limiter la vitesse des voitures à 10km/h avec des radars à chaque coin de rue en ville, limiter la vitesse maxi des piétons à 5km/h et celle des vélos à 25km/h, ce sera encore moins dangereux…

Site Officiel Vélib
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