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Du danger de ne pas faire de vélo !
mercredi 7 novembre

Du danger de ne pas faire de vélo !

Marion
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Vous avez bien lu : d’après le très sérieux Observatoire régional de santé (ORS) d’Ile-de-France et contrairement à l’idée reçue, il est plus dangereux de ne pas faire de vélo que d’en faire.

Les bénéfices de la pratique du vélo sont même 20 fois supérieurs aux risques !

L’organisme d’études dont la mission est d’aider les pouvoirs publics locaux à la décision dans le domaine sanitaire et social a publié en septembre 2012 un rapport évaluant les bénéfices et les risques sanitaires d’une augmentation de la pratique du vélo en Île-de-France, à l’horizon 2020. Chargée de l’étude « Les bénéfices et les risques de la pratique du vélo – Évaluation en Île-de-France », Corinne Praznoczy a passé au crible tant les bénéfices individuels et collectifs que les risques de la pratique du vélo.

Des scénarios réalistes voire prudents

« C’est la première étude en France qui intègre une large gamme d’impacts sanitaires, à partir des résultats de la recherche internationale appliqués à un territoire donné » se félicite l’ORS sur son site. Notons que l’étude s’inscrit dans une recherche européenne (projet TAPAS) et compte d’autres partenaires de poids, l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) et l’Irmes (Institut de Recherche bio-Médicale et d’Epidémiologie du Sport).

Les projections s’appuient sur différents scénarios crédibles d’évolution de la pratique du vélo établis en collaboration avec les décideurs (Région Ile-de-France, Ville de Paris, Conseils généraux, Syndicat des Transports d’Ile-de-France).

Décideurs et chercheurs ont choisi de tabler sur un doublement ou un quadruplement de la part modale du vélo les jours de semaine en 2020 et de décliner ces hypothèses en fonction des différents territoires et de leurs pratiques vélos respectives. Il a été estimé que l’essentiel des reports correspondrait à des utilisateurs des transports en commun se mettant au vélo.

« Les scénarios de l’étude sont largement envisageables. Ils ne demandent pas un « effort » individuel conséquent puisqu’ils sont basés sur un usage identique à celui constaté aujourd’hui (un peu moins de 4 km par trajet) ». Ils correspondent par ailleurs à des parts modales du vélo constatées ailleurs en France : 4% à Grenoble, Rennes et Toulouse ; 8% à Strasbourg.

Ces scénarios sont peut-être même prudents si l’on considère que la part des automobilistes au sein des nouveaux cyclistes a été évaluée à 5% seulement. Cette proportion pourrait bien être supérieure dans les années à venir étant donné que 42% des déplacements en voiture en Île-de-France correspondent à des trajets de moins de 5 kilomètres…

Le dernier scénario, plus ambitieux, envisage d’atteindre une part modale du vélo dans les déplacements de 20% en 2020. Cela suppose des changements significatifs de comportements liés aux politiques publiques, au prix des carburants ou encore à des phénomènes de société difficilement quantifiables précise l’étude. Toutefois, 20% des déplacements à vélo ne constitue pas une prévision farfelue puisque cette part modale « s’avère courante dans de nombreuses villes européennes, en Belgique, Danemark, Allemagne, Italie… » note l’auteur.

En 2020, il sera 19 à 27 fois plus dangereux de ne pas faire de vélo !

Ne pas faire de vélo est plus dangereux pour votre santé que d’en faire. Corinne Praznoczy est claire : « les bénéfices pour la santé sont très nets, de l’ordre de vingt fois plus élevés que les risques », 19 fois précisément, et ce avec le scénario le plus prudent d’une part modale doublée, à 4% en 2020… Si l’on quadruple la part des déplacements à vélo pour atteindre une part modale de 8%, les bénéfices sont alors 24 fois plus élevés ; si l’on atteint 20%… il serait 27 fois plus dangereux de ne pas prendre un vélo !

Même en ne considérant que le scénario le plus prudent, « ce ratio très important en faveur du vélo est essentiellement dû aux bénéfices de l’activité physique qui l’emportent largement, à la fois sur les autres bénéfices et sur l’ensemble des risques ». Ces résultats s’expliquent notamment par le fait que plus il y a de cyclistes plus les accidents sont rares, c’est le phénomène prouvé de « masse critique », alors que les bénéfices pour la santé « ont été supposés linéaires, avec une réduction du risque de mortalité de l’ordre de 28% ».

Une étude danoise de juin 2000 (basée sur 13 375 femmes et 17 265 hommes, âgés de 20 à 93 ans) estime que la pratique du vélo dans les déplacements domicile-travail entraîne une réduction du risque de mortalité de 28%, après avoir pris en compte l’âge, le type d’emploi, le tabagisme, les activités physiques de loisirs et la corpulence.

L’ORS note par ailleurs que les bénéfices santé croissent avec l’augmentation de la part des automobilistes dans les nouveaux adeptes du vélo. Si on passe d’un ratio prudent de 5% à d’automobilistes dans les reports sur la petite reine, la circulation automobile est réduite et, avec elle, l’accidentologie ; d’où des rapports bénéfices / risques qui grimpent ainsi à 22, 27 et 31 contre 19, 24 et 27. Les accidents de la route en milieu urbain dépendent en effet du volume de la circulation.

« Ainsi un report vers le vélo provenant à 50% d’automobilistes évite en proportion 10 fois plus de victimes qu’un report provenant seulement à 5% d’automobilistes » souligne Corinne Praznoczy. Il y a probablement des pistes intéressantes à creuser pour séduire cette catégorie potentielle d’utilisateurs de vélos…

Le principal risque : la pollution…

Le « risque le plus élevé parmi les risques liés à la pratique du vélo est celui lié à l’exposition aux fines particules (PM 2,5) », plus élevé que le risque d’accidentologie ! Et ce risque de pollution « reste cependant négligeable vis-à-vis du bénéfice dû à l’activité physique ».

L’étude rappelle par ailleurs les objectifs de réduction de la pollution atmosphérique, un enjeu de santé publique « majeur » en Ile-de-France. Un tiers des habitants vivant à moins de 75m de voies de grande circulation, à Paris ou en proche couronne, l’exposition résidentielle à la pollution serait responsable de 16 à 32% des maladies chroniques comme l’asthme de l’enfant ou encore des maladies coronariennes des 65 ans et plus.

Rappelons par ailleurs qu’un cycliste est finalement moins exposé à la pollution que l’automobiliste dans son habitacle mal ventilé, comme nous l’avait expliqué un ingénieur d’Airparif en novembre 2010 sur ce blog. Si l’accroissement de la pratique vélo contribue à une réduction relative de la pollution, du bruit et des gaz à effets de serre, Corinne Praznoczy note toutefois que le principal levier demeure les mesures liées directement à la réduction du trafic des véhicules motorisés. La pratique cycliste ne changera pas la donne seule.

… négligeable en comparaison du bénéfice lié à l’activité physique

Toute activité physique est bonne pour la santé, on le sait. L’étude de l’ORS souligne que « la sédentarité, d’autant plus si elle est couplée à une mauvaise alimentation, est considérée comme un facteur de risque majeur des principales maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires, obésité, diabète, hypertension, certains cancers,…). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le manque d’activité physique est à l’origine d’environ 600 000 décès par an dans la Région européenne de l’OMS (5 à 10% de la mortalité totale, selon le pays) et engendre chaque année une perte de 5,3 millions d’années de vie en bonne santé en raison d’un décès prématuré ou d’une incapacité ».

Corinne Praznoczy note également les bénéfices du sport sur notre santé mentale, qui quoique encore mal mesurés, reviennent dans plusieurs études. Citons des effets positifs sur « l’estime de soi, l’efficacité, le bien-être psychologique et cognitif, le niveau de stress » et « une réduction de l’anxiété ».

Et en particulier au vélo !

Mais le vélo a également des vertus propres qui méritent d’être soulignées ! Activité « très complète », le vélo comme mode de déplacement est une activité physique aérobie c’est-à-dire qui consomme de l’oxygène pour produire de l’effort musculaire. Celle-ci « stimule tout particulièrement la fonction cardiorespiratoire ».

Le vélo renforce le muscle cardiaque, le pédalage augmente le retour veineux et améliore la circulation du sang, ce qui contribue à réduire les risques cardiaques. Le vélo sollicite par ailleurs « les principaux groupes musculaires et particulièrement les cuisses, les mollets, l’abdomen, le dos, les bras et les épaules, ce qui permet la formation du tissu osseux pendant la croissance et le ralentissement de la perte osseuse à l’âge adulte » tout en présentant « l’avantage de préserver et de renforcer les articulations ». Le vélo réduit ainsi le risque d’arthrite, le mal de dos, développe également l’adresse et l’équilibre et améliore la posture.

Un travail à poursuivre… dans lequel Vélib’ joue un rôle

En conclusion, Corinne Praznoczy souligne que « toute mesure prise pour augmenter la pratique de vélo est une mesure « sans regret », c’est-à-dire qu’elle est positive globalement pour l’ensemble de la population ». Elle insiste sur la crédibilité des scénarios étudiés «  à condition de poursuivre les politiques d’accompagnement. En effet, la pratique du vélo en Île-de-France n’aurait pas pu augmenter ces dernières années sans la mise en place d’aménagements cyclables et de Vélib’ qui a permis de réduire les freins liés aux problèmes de stationnement et au vol des vélos ».

Bien sûr notre petite monture argentée n’est qu’une des pierres à l’édifice et seules des politiques coordonnées à l’échelle régionale auront un impact décisif. Mais il n’est pas désagréable de savoir que l’on contribue, même à sa petite échelle, à un changement de société clairement déjà en cours…

Télécharger la synthèse ou le rapport de l’étude de l’ORS IDF

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Les derniers commentaires

Indri dit :

Jim, that anon horse person was me, avieds. I screwed up the google account somehow. Hence the anaon post.Horseman, eh? I knew I liked something about you from the first post I read here.

Survivor dit :

Ah ben tiens la blague (car oui il en fallait une)
L’étude a été faite en période creuse sur le mois d’août?
non car honnetement le vélo me fait du bien (santé, mental -et encore-) et c’est mon moyen de transport quotidien pour aller bosser (25km/j au total)
Et ben sur ces trajets:
0,5% de pistes cyclables.
0,2% de pistes ‘vraiment cyclables’ (c’est a dire sans -rayer la mention inutile- tocards garés sur la piste, poteaux au milieu de la chaussée, montagne russe, bus a doubler/éviter, marches, poteaux, tocards au milieu de la chau…ah je l’ai déja dit ca)
Trève de plaisanteries: On constate une nette amélioration de l’aménagement urbain (pas dans mon coin -mais il faut voir plus loin que le bout de son nez- mais en règle générale) et c’est un énorme progrès. mais de nombreux aménagements restent à faire.
Je pense notamment au réseau hyper développé de nos voisins outre manche (carrément un réel réseau (eux les pistes cyclables de 10m ils connaissent pas))
Alors que déja nous, expérimentés, avons parfois l’impression de risquer notre peau pour un simple trajet domicile travail (et qu’on ne me dise pas « passe ailleurs, prend la voiture ou les transports » ce n’est pas le but, j’ai tendance a me rappeler mes débuts, ou je roulais a 90% sur les trottoirs… et j’ai parfois encore bien souvent envie de le faire. Et parfois, SOUVENT, je le fais. pieds a moitié a terre, car je préfère largement la prune au sapin.

Ce constat est essentiellement valable dans les zones a forte fréquentation (porte de paris, gros carrefours, petite couronne (plus ‘grands axes’) mais les vélib ont tendance a s’étendre a ces zones, justement.

En bref, ne pas voir ici d’agressivité, (meme si il y en a, j’ai encore failli ‘mourir’ entre puteaux et courbevoie, alors j’suis sous le choc m’voyez) mais plutot l’expression d’un réel besoin de développet les aménagements pour une expansion de ce mode de transport que nous aimons tous (meme vous, les totomobilistes, je suis sure que vous aimez bien vous promener parfois le weekend avec le siege auto du petiot au porte bagages 🙂 )

Pihe dit :

Il y a quelques semaines j’ai commencé à ressentir des brûlures dans les poumons quand je montais de fortes pentes en Velib. J’ai fini par consulter un médecin qui a suspecté une angine de poitrine confirmée par une coronarographie en urgence : coronaire bouchée à près de 99%, pb résolu par la pause d’un stent.

Je ne fais pas de sport par ailleurs et en dehors de ces circonstances je me sentais parfaitement bien… Bref, sans Velib je ne me serai probablement rendu compte de rien… jusqu’à l’infarctus. Merci Velib qui m’a probablement sauvé la vie, en tous cas évité un accident cardiaque grave !

LOIKO dit :

C’est d’abord la mise en place d’aménagements cyclables qui réduira les freins au vélo dans la ville. La peur d’être frôlée par les ceuss partisans du moteur et de perdre alors le contrôle de sa bécane est toujours grand.

Christophe Riedel dit :

L’étude est bien gentille, tendance un avenir radieux à vélo, mais un peu orientée :

En Ile de France, je veux bien espérer de tels bénéfices. Mais dans Paris, il faudra une étude sur la cohorte de 20 000 vélibeurs suivis 15 ans pour étudier les répercussions des effets secondaires exacts des particules fines et autres saletés délicates générées par les motorisations antiques les camions, qui continuent à être acceptés dans Paris pour ménager tous les lobbys.
Le rêve à vélo, c’est bien bô comme com, mais on ne m’ôtera pas de l’idée que si l’on ventile trop à Paris à vélo, les effets nocifs sont certains à moyen terme.

Ce qui n’empêche que je suis très content de faire, du vélo. Mais jamais sur les grands boulevards, et avec en tête l’ombre d’une zone grise collatéralle, d’un non dit sur la pollution faute détudes, qui viendront plus tard.

Et une tendance à haïr les innombrables scooters et motos, qui, eux, ne font pas de vélo ! 🙂

Manu dit :

Etant en arrêt de travail depuis un trauma crânien début août, je ne peux qu’inciter tous les vélibiens et vélibiennes à prendre au sérieux le port du casque ! une portière de voiture qui s’ouvre, et … les bienfaits du vélo sont alors un peu oubliés !

Client mecontent dit :

Comme la hotline ne veut rien entendre d’autre que ce que lui indique ses ecrans, quelqu’un peut-il faire remonter l’information suivante au directeur technique ?

La station 1901 est regulierement attaquee par des vandales. Toutes les bornes ont ete abimées. Elles ont été mal reparée, donc, parfois, elles acceptent bien les velos lorsqu’on les raccroche normalement, parfois, elle ne l’accepte pas, parce qu’elles sont usées.

Donc, ce sont les usagers qui sont penalises de 35 euros pour etre precis lorsque leur velo se raccroche mal, alors que c’est Velib qui ne repare pas bien les bornes. Les vandales vadalisent, les techniciens de Velib ne reparent pas bien les bornes vandalisées pour des raisons economiques, donc ce sont les clients ordinaires qui doivent payer et se contenter de bornes qui ne raccrochent pas bien les velos.

100% des teleacteurs etant formatées pour ignorer ces problemes et pour renvoyer vers le service reclamations qui ne gere pas ce type de problemes, a qui faut-il s’adresser pour

Tous les utilisateurs velib savent que les stations sont dégradees. Pourquoi la hotline refusent-elle de l’admettre ? Pourquoi sont-ce les clients honnetes qui doivent payer les pots casses ?

aude dit :

il serai aussi utile et nécessaire de faire un rappel du port du casque et du gilet jaune.
dans ce cas, peut être que faire du vélo sera effectivement un véritable atout!

Enzo dit :

C’est bien de vouloir promouvoir la pratique du vélo. Mais qu’ont fait Paris et les communes de la petite couronne depuis l’installation du Velib ? Développer des pistes cyclables en site propre? Non, Créer de nombreux plots pour attacher les vélos et uniquement les vélos ? Non, Obliger les immeubles à créer des « locaux à velo »? Non, Créer des zones réservé aux vélos ? Non, Créer des parkings surveillés et gratuits près des gares, des monuments, des administrations ? Pas plus, Lutter contre le vol des vélos ? Non. Alors….

Emmanuelle-ex CO dit :

Article très interessant mais si on veut augmenter la part du vélo dans les déplacements il faudra augmenter l’offre des pistes cyclables. Certaines (comme le bd magenta) sont aux heures de pointe très très chargées alors si on multiplie par 2 les usagers on risque de découvrir les bouchons en vélo !

Site Officiel Vélib
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