<< JCDecaux

Focus sur l’expérience du Grand Lyon avec le service vélo’v
jeudi 6 septembre

Focus sur l’expérience du Grand Lyon avec le service vélo’v

Marion
2Je partage

Il est toujours intéressant de regarder ce qui se passe ailleurs et pas seulement à des milliers de kilomètres ! Le service lyonnais vélo’v a fêté ses sept ans, l’occasion de faire le point sur les grands constats que l’on peut tirer de cette première expérience de vélos en libre-service : les publics touchés, les grands enseignements et constats tirés, qu’il s’agisse de côtes à gravir ou de variations saisonnières de fréquentation du service, les perspectives d’avenir, etc. J’ai interrogé Keroum Slimani, chargé de mission mode de déplacement vélos et piétons au service mobilité urbaine de l’agglomération du Grand Lyon. Chargé de la stratégie et de la mise en œuvre du Schéma directeur vélos et piétons, il suit le dossier vélo’v quasiment depuis ses débuts, puisqu’il est arrivé au moment de son déploiement en 2006.

Quelles ont été les grandes étapes de développement du vélo’v ?

Keroum : À l’époque on ne savait pas du tout quel serait l’impact du service étant donné que nous étions les premiers à nous lancer. Le contrat passé par le Grand Lyon avec JCDecaux était plutôt prudent avec une première tranche de déploiement de 2 000 vélos et l’équivalent en points d’attache à laquelle s’ajoutaient deux tranches conditionnelles permettant d’atteindre jusqu’à 4 000 vélos.

En 2005, le service a été lancé avec 2 000 vélos et 200 stations. Rapidement, le succès a été tel que les deux phases de déploiement supplémentaires ont été mises en œuvre et que l’on est ainsi passé à 3 000 puis 4 000 vélos dans les deux premières années. On a ainsi rapidement utilisé toutes les possibilités inscrites dans le marché initial pour atteindre 4 000 vélos et 6 600 points d’attache répartis sur 340 stations, 345 à ce jour au fil des redéploiements des points d’attache et avenants au contrat.

Quels sont les grands constats et enseignements que vous avez pu tirer de ces sept années d’expérience vélo’v ? Y’a-t-il eu un effet vélo’v ?

Keroum : L’idée était de promouvoir et de crédibiliser l’usage du vélo en ville et l’on ne savait pas vraiment quel public serait intéressé par ce service.

On imaginait que les usagers du service se reporteraient ensuite sur un vélo personnel. Dans les faits il y a bien eu un effet vélo’v puisque l’on a constaté un doublement du trafic sur l’échantillon de carrefours de référence.

Il y a clairement eu un effet vélo’v sur le trafic vélo global et le détail du comptage vélo’v – on constate un rapport d’un vélo’v pour trois vélos personnels. On peut penser que vélo’v a favorisé le développement du vélo privé.

En ce qui concerne la place du vélo’v dans la chaînes des déplacements, seuls 20% des trajets à vélo’v seraient combinés avec un autre mode de transport (mais pas avec la voiture), vélo’v étant ainsi plutôt un mode de déplacement monomodal.

Les enquêtes ont posé la question du vélo’v comme mode de substitution : dans 5% des cas, les interrogés déclaraient que, s’ils n’avaient pas effectué ce trajet en vélo’v, ils auraient pris leur voiture et 57% des abonnés déclaraient que vélo’v les encourageait à moins utiliser leur voiture. Ces données ne se traduisent pas en termes de report modal mais c’est un indicateur intéressant.

À quoi ressemble l’usager type de vélo’v ?

Keroum : La dernière enquête de 2007 a montré qu’il s’agit principalement d’hommes (pour les 2/3), à 60% d’actifs, à 36% d’étudiants et qu’ils sont majoritairement abonnés à l’année et à 60% titulaires d’une carte d’abonnement aux transports en commun. En semaine, plus de 60% des déplacements correspondent à des trajets domicile-travail, cette tendance s’inversant le week-end où les déplacements sont majoritairement de loisir. Au lancement du service, on avait plutôt imaginé que les déplacements effectués à vélo’v relèveraient des trajets de loisirs alors qu’à l’inverse on a finalement plutôt des déplacements que l’on pourrait qualifier « d’utiles ».

Avez-vous constaté des variations saisonnières en matière de fréquentation du service et pensez-vous que la météo soit un facteur déterminant ?

Keroum : Globalement il s’agit d’une activité saisonnière et dépendante des conditions météorologiques et il est difficile de comparer les statistiques d’une année sans prendre en compte ce facteur. Par exemple, 2011 a été une année avec un printemps exceptionnellement chaud et sec alors qu’en 2012, il a été humide et froid. Les statistiques doivent être corrélées avec la météo. Pour autant, malgré ces variations, on constate une courbe haussière de l’usage du vélo’v même en cas de problèmes météo, sachant que la pluie a beaucoup plus d’effet que le froid. Même quand il fait très froid, on ne descend pas en deçà d’une certaine fréquentation. Alors que quand il pleut, les utilisateurs n’ont pas toujours l’équipement adéquat et renoncent alors plus au vélo.

La saisonnalité a une forte incidence mais n’est pas le seul paramètre, le facteur déterminant : la facilité d’accès au service, la cherté des déplacements en voiture, mais aussi le développement du réseau cyclable et l’amélioration de la communication sont à prendre en compte. 2010 a par exemple été une mauvaise année dans toute la France. D’abord pour des questions de météo avec un hiver très prolongé suivi d’un printemps très humide. Pour autant, cela n’explique pas tout. Je pense qu’il y a eu également des raisons liées à une baisse de la mobilité avec le début de la crise et on a constaté une perte du nombre d’abonnés, imputable à la procédure de réabonnement qui était alors fastidieuse. Le phénomène a été général.

Quels sont les aménagements que vous avez réalisés depuis le lancement ?

Keroum : Beaucoup de choses ont changé en matière de critères d’évaluation de la qualité de service, de déploiement du réseau vélo’v et d’évolution du vélo lui-même. Cela a fait l’objet d’un avenant important au contrat, JCDecaux ayant remplacé le vélo par le nouveau modèle, celui que vous avez également à Paris.

Le dernier avenant date de mai 2012. On a basculé en mai à l’abonnement en ligne et cela a cartonné : on a 90% d’abonnements par internet et carte bancaire. C’est ce qui manquait même si on a encore peu de recul. Cette avancée s’est accompagnée d’une augmentation des tarifs qui était nécessaire pour pouvoir proposer de nouvelles fonctionnalités. Parmi eux, la mise en place des cartes d’abonnement vélo’v Express, comme à Paris. Pour le moment ces cartes sont disponibles dans les mairies d’arrondissement et les offices du tourisme. Notre idée serait de s’appuyer sur un réseau de kiosques partenaires dans un deuxième temps.

On a aussi lancé le principe des stations bonus pour les usagers qui remontent leurs vélos dans les stations situées sur les hauteurs de la ville. Ici, les grimpeurs disposent de 30 minutes de bonus. Cela fonctionne très bien, certains usagers accumulant déjà les bonus et cela permet d’améliorer la régulation des vélos. Nous avons par ailleurs prévu d’accorder des bonus lors de certains événements culturels comme la biennale de la danse ou encore la fête des lumières et lors des pics de pollution pour limiter l’usage de la voiture (en limitant toutefois le nombre de jours par an).

Rencontrez-vous les mêmes difficultés de régulation que Paris dans les secteurs de côtes ?

Keroum : Pour des questions politiques d’égalité du territoire, même si l’on savait que les côtes ne seraient pas favorables à l’utilisation du vélo, on a d’emblée fait le choix d’installer des stations dans les points hauts. Et de fait le service ne fonctionne pas aussi bien. Les bonus sont un plus mais on est conscients que cela ne règlera pas tout.

Ce que l’on a surtout constaté c’est que le service fonctionne mieux dans les secteurs de densité urbaine et dans les zones de mixité des fonctions : quand les gens ne viennent dans un secteur que pour y travailler ou parce qu’ils y habitent, le service fonctionne moins bien, il y a un déséquilibre entre les vélos empruntés et déposés.

Une extension du service est-elle envisageable et envisagée ?

Keroum : L’agglomération regroupe Lyon et 59 communes soit environ 1,3 millions d’habitants mais le projet a été pensé pour un déploiement sur Lyon et Villeurbanne uniquement qui représentent à eux seuls 650 000 habitants. Aujourd’hui, 90% des utilisateurs de vélo’v vivent sur ce territoire.

Face au succès de vélo’v, on a régulièrement des demandes de stations supplémentaires mais on ne peut y répondre autrement qu’en redéployant des stations et points d’attache, sauf à établir des avenants. Le dernier avenant de mai 2012 nous a permis d’en ajouter trois pour accompagner des secteurs en plein développement ce qui a porté au total à 345 le nombre de stations. Mais l’extension à d’autres communes nécessiterait un nouveau contrat et pose des questions financières en plus de la question juridique. Le risque serait de fragiliser l’existant. Si l’option de l’extension est retenue par les élus, elle ne pourra se faire que dans le cadre d’un nouvel appel d’offres et d’un nouveau contrat. L’actuel court jusqu’en 2017.

Aujourd’hui, ce que l’on peut faire par contre c’est redéployer à la marge quelques stations et points d’attache, ajuster l’offre à la demande réelle. Notre objectif premier est d’assurer une qualité constante de service et de proposer un réseau adapté aux besoins. On couvre tout le territoire même si l’on sait que certaines stations fonctionnent et fonctionneront toujours moins bien. Il faut parfois accepter ce fait même si c’est politiquement difficile. Un tel réseau doit être vivant et en accord avec les réalités de la ville.

Quels sont les projets pour améliorer encore vélo’v ?

Keroum : Nous sommes de plus en plus convaincus que ce service, pour répondre au mieux aux besoins de la population, nécessite que l’on communique énormément. L’enjeu est aussi d’élargir le type d’utilisateurs et notamment pour convaincre les séniors et jeunes séniors, fidéliser les abonnés actuels, attirer les usagers des transports en communs. Nous avons, par exemple, créé une page Facebook.

Merci à Keroum !

Je vous invite également à consulter l’article consacré à une idée de week-end à Lyon où vous pourrez découvrir par vous-même le service vélo’v, des infos pratiques (sur les pistes cyclables, les tarifs, etc) et quelques bonnes adresses et lieux à découvrir. Sachez ainsi que la Lyon City Card, sésame pour les transports en communs et les musées de la ville, intégrera très bientôt une option d’abonnement à vélo’v…

Et pour tout connaître de vélo’v, le site du service et sa page facebook.

Laisser un commentaire

Les derniers commentaires

Ouriel Benarroch dit :

Je trouve que le service vélov’ est génial et qu’il est disponible quand on veut ! Mais il y a souvent des dégradations de certains délinquants mais bon on y peut rien !

Wilfrid Duzan dit :

Je reviens de Bordeaux où il y a aussi ce même service de vélos en location : suggestion : Pourquoi ne pas offrir à tous 8 JOURS sur les autres réseaux français ? Ainsi avec mon abonnement VELIB je pourrais prendre un vélo 2j à Lyon, 3j à Bordeaux … Chaque réseau français offrirait ce même service, et pourquoi pas aussi un abonnement spécial France ?

Site Officiel Vélib
X

Articles à la une

Voir tous les articles...