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Santander et la Cantabrie se mettent au vélo et au Vélib’
jeudi 16 août

Santander et la Cantabrie se mettent au vélo et au Vélib’

Marion
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Depuis un peu moins d’un an, la ville de Santander a adopté son Vélib’, baptisé le Tusbic. Volontaire, cette ville de la région de Cantabrie avait d’ailleurs accueilli le dernier rendez-vous des villes cyclables espagnoles. J’ai interrogé Carmen Ruiz, conseillère municipale de la Mairie de Santander et Alvaro Budino, ingénieur civil co-rédacteur du Plan de mobilité cycliste en Cantabrie (PMCC).

Depuis quand existe Tusbic et pourquoi avoir souhaité lancer un système de vélos en libre-service?

Carmen Ruiz : Le système de vélos en libre-service de Santander, appelé Tusbic, présenté pour la première fois en octobre 2008, est en service depuis le 1er novembre 2011. La Mairie de Santander souhaite promouvoir le vélo comme alternative réelle à l’utilisation des voitures personnelles dans les déplacements quotidiens et travaille dur pour que la « culture vélo » s’étende à notre ville. Cela passe par plusieurs actions qui vont de l’aménagement de voies cyclables – 18 km actuellement soit un doublement du réseau disponible – mais aussi par la mise en place des 200 vélos et 16 stations du Tusbic (les deux dernières récemment) ou encore par des campagnes de promotion des modes de déplacements doux.

Connaissez-vous Vélib’ et quelles sont les différences et points communs avec le Tusbic selon vous?

Carmen : Je n’ai jamais utilisé Vélib’ mais je connais le système et on a bien vu que cela marche très bien à Paris, que l’on voit désormais plus de cyclistes qu’avant et que Paris est une ville plus agréable pour les touristes et les visiteurs.

Il y a peu de différences entre les systèmes puisque tous les deux sont gérés par JCDecaux si ce n’est la taille du système et ses prix.

Marion : en effet, à Santander, pour accéder aux 200 vélos et 16 stations situées essentiellement le long de la promenade côtière, l’abonnement 1 jour coûte 1 €, celui 7 jours est à 5 € et l’abonnement annuel à 10 euros. Autre différence, la première heure d’utilisation est gratuite à Santander contre une demi-heure à Paris et le prix du dépassement revient moins cher : pour chaque heure supplémentaire, un abonné annuel n’est facturé que de 30 cts, un abonné à la journée de 60 cts.

Quels sont les premiers effets constatés depuis le lancement de Tusbic?

Carmen : Le processus de planification et de lancement de Tusbic a été participatif dès le début parce que nous sommes convaincus de la nécessité d’impliquer les citoyens. Ils doivent prendre conscience des bénéfices du vélo comme mode de déplacement pour que l’on puisse aller progressivement vers des modes de déplacements alternatifs, moins polluants et plus respectueux de l’Environnement.

Progressivement, l’usage quotidien du vélo dans la ville se développe. Au lancement du système on enregistrait une moyenne de 305 utilisations par mois. En mars, plus de 8000 locations ont été comptabilisées, la progression est ainsi très satisfaisante.

D’après l’étude menée par l’Université de Cantabrie auprès des utilisateurs de Tusbic : 90% d’entre eux jugent le service « bon » ou « très bon ».

44% des usagers de Tusbic l’utilisent pour leurs loisirs, 37% pour se déplacer, rentrer chez soi ou aller au travail depuis différents points dans la ville.

42% des usagers utilisent Tusbic quotidiennement et 91% des usagers empruntent les voies cyclables.

46% des usagers ont moins de 35 ans, 28% de 35 à 54 ans et 16% plus de 55 ans.

Selon l’Université de Cantabrie, étant donné les politiques en cours et celles envisagées à court terme, la part modale du vélo dans les déplacements à Santander pourrait atteindre les 6% en heure de pointe d’ici cinq ans. Nous souhaitons continuer à convaincre les habitants de Santander qu’il est possible d’aller au travail ou à l’université à vélo, comme cela se fait dans de nombreuses villes européennes.

Justement, quelles sont les autres axes de développement du vélo sur lesquels vous travaillez?

Carmen : au printemps, nous avons lancé une concertation avec les associations des villes voisines de Santander pour connaître leurs opinions et leurs attentes en matière de mobilité et de développement du vélo en particulier, afin d’étudier les perspectives à courts et moyens termes (de 5 à 10 ans).

Nous voulons continuer l’extension du réseau des voies cyclables qui relie actuellement le centre de la ville avec les plages, l’université et les différents équipements de loisirs, les parcs et complexes sportifs notamment. Une extension de 18 kilomètres supplémentaires est ainsi envisagée. Notre Plan de Mobilité Durable adopte une série de mesures pour contribuer à diminuer la place de la voiture dans les rues de la ville. Au printemps, nous avons débuté une étude des rues et aires qui pourraient devenir totalement ou partiellement piétonnes, nous travaillons également au développement des zones 30 et à la promotion du cyclotourisme. Une autre action innovante qui va se mettre en place dans les mois à venir consiste à promouvoir les déplacements à vélo chez les scolaires. C’est un travail de sensibilisation à la mobilité durable pour que ces jeunes citoyens, qui sont notre futur, prennent conscience de la nécessité d’utiliser des modes de déplacements alternatifs à la voiture individuelle. Un collège pilote va être choisi. Des présentations y seront faites aux enseignants et aux parents d’élèves pour aborder les questions de sécurité, de cheminement, de pollution et de déplacement dans la ville.

Bref, Santander se dirige vers un modèle de ville dans laquelle on privilégie les déplacements à pied, en transports en commun ou à vélo. Nous croyons que nous avons les conditions nécessaires pour que le vélo devienne un véhicule de plus en plus commun dans nos rues et pour que les piétons aient une plus grande place dans l’espace public afin d’améliorer la qualité de vie.

Et au niveau régional Alvaro, quelles sont les actions menées en faveur du vélo ?

Alvaro : De la même manière que la Mairie de Santander avec le Tusbic, le Plan de Mobilité Cycliste en Cantabrie a pour objectif d’inverser la tendance de la croissance automobile au profit des vélos. Il s’agit donc d’encourager un changement modal de transports au niveau régional en faveur du vélo et ce pour les déplacements quotidiens à l’école, au travail et pas seulement pour les loisirs.

L’objectif du Plan est de définir le potentiel du vélo au sein des transports et de l’aménagement du territoire et également de progresser dans la programmation de stratégies complémentaires pour augmenter l’utilisation du vélo au détriment de la voiture particulière.

Je travaille avec le gouvernement régional notamment à la définition et planification d’un réseau de voies cyclables inter urbain, au niveau régional et inter municipal entre les villes les plus peuplées et proches les unes des autres (de 7 à 10 km). Nous sommes également en train de planifier trois programmes pilotes.

Le premier réfléchit aux manières d’encourager la mobilité cycliste pour aller au travail et pour les étudiants dans un village de 9000 habitants, Cabezon de la Sal, où il existe une tradition cycliste sportive mais pas de mobilité quotidienne. Le 2ème, avec l’hôpital de Santander (le plus grand de la région) vise à inciter les plus de 5000 salariés à utiliser le vélo. Comment, avec la direction et les travailleurs, trouver des mesures incitatives? Le 3ème projet pilote se déroulera dans la région industrielle de Torrelavega où, alors qu’après la guerre civile tout le monde se déplaçait à vélo, la voiture est devenue le mode de déplacement pour aller au travail dans les années 60 et 70.

Bref, des expérimentations à suivre ! Reste à savoir si l’engouement pour Tusbic permettra à la ville de Santander de développer son réseau, voire pourquoi pas, de l’étendre aux villes voisines…

A lire sur le blog, l’article consacré au panorama de la situation espagnole.

Site Officiel Vélib
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