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Du Code de la route au Code de la rue
jeudi 7 juin

Du Code de la route au Code de la rue

Marion
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Utiliser et pédaler en Vélib’ est aisé mais comprendre le code de la route, et l’adapter à notre utilisation de cycliste, est souvent plus complexe. Pour bien faire la différence entre nos devoirs de cyclistes, les risques à éviter et les règles de circulation que l’on voudrait voir évoluer, j’ai voulu prendre l’avis de cyclistes de la première heure, défenseur du vélo à Paris et en ville bien avant Vélib’. Pour ce faire je me suis rendue à l’endroit parisien le plus approprié : la Maison du vélo !

Philippe et Dalila, deux des permanenciers de l’association Mieux se Déplacer à Bicyclette (MdB) nous exposent leur perception du Code de la route et son adaptation ou son inadaptation supposée aux réalités du vélo en ville. Je me suis par ailleurs penchée sur la position de la Fubicy, fédération des usagers de la bicyclette, qui milite pour la mise en œuvre du Code de la Rue.

Le Code de la route : malgré tout LA référence !

Nous vous en parlons régulièrement sur ce blog, pour prévenir les risques d’accident à vélo et à Vélib’ on ne peut pas faire l’économie de bien connaître le Code de la route et notamment les panneaux dédiés aux cyclistes et les principaux dangers auxquels ils peuvent s’exposer.

On a tous tendance à croire que l’on peut parfois prendre à vélo des libertés avec les règles : circuler pour quelques mètres sur un trottoir, ne pas marquer un arrêt franc à un stop mais se contenter d’arriver au ralenti, emprunter un couloir de bus interdit aux cycles, etc. Autant de petites transgressions et risques que l’on estime très bien calculés. Et ce notamment parce que quand on est à vélo, certaines règles du Code de la route semblent moins nous concerner.

Il est vrai que la législation routière a été pensée essentiellement du point de vue de l’automobiliste : la majorité des dispositions du Code s’applique au « conducteur » d’un « véhicule » sans faire de distinction entre les vélos et les véhicules motorisés. Garer son « véhicule » sur le trottoir est un « stationnement gênant » : avouez qu’entre un utilitaire et un vélo, la gêne occasionnée n’est tout de même pas du même ordre !

Raison pour laquelle les associations cyclistes militent pour un Code de la rue, adaptation des règles du Code de la route. Cette démarche n’incite en aucun cas à négliger les risques et à ne pas respecter les règles mais à les faire évoluer pour qu’elles correspondent mieux à la réalité du partage de l’espace public ! La position de la Fubicy est claire : « 80% de la population française habite en centre-ville et en périurbain. En 40 ans la rue a remplacé la route dans notre environnement quotidien. Les règles de circulation et de cohabitation entres modes de déplacement doivent en tenir compte ».

Les deux plus grands risques : la portière et l’angle mort

Philippe de la MdB, première association cycliste francilienne, invite tous les cyclistes à consulter le dossier « Le Code de la route, droits et devoirs » réalisé par Jacques Baudu en janvier 2011 pour journal de l’association, « Roue libre ».

Il a épluché le Code, rébarbatif et pas toujours limpide, et l’a traduit en règles appliquées aux cyclistes. Vous y apprendrez les différentes contraventions et amendes auxquelles vous vous exposez et toutes les règles de base. Il est ainsi interdit de circuler sur le trottoir sauf en tenant son vélo à la main. Le Code de la route (comme le Code de la rue) n’édicte pas que des règles de sécurité mais surtout les règles pour une bonne cohabitation entre tous les usagers de la route et de la rue.

Les deux grands dangers à ne surtout pas négliger selon Philippe sont les portières de voiture et les angles morts. Pour éviter de se laisser surprendre par un automobiliste qui ouvrirait sa portière sans faire attention, il faut « se décaler de 60 cm au moins » souligne Philippe. Même si les automobilistes s’assurent bien qu’aucune voiture n’arrive, « ils ne voient pas forcément le petit gabarit qu’est un vélo » ajoute Dalila.

L’autre danger à vélo est celui bien connu des angles-morts des véhicules lourds (bus, camions, poids lourds). « Il faut notamment faire très attention quand un camion se déporte sur la gauche avant de tourner à droite » insiste Philippe pour ne pas être bloqué d’un côté ou de l’autre.

Pour s’en rendre compte, je conseille à tout le monde de monter à l’avant d’un bus articulé et d’observer les manœuvres du chauffeur quand il tourne à droite : il vire tellement à gauche qu’on n’a pas l’impression qu’il va pouvoir contre braquer pour tourner à droite sans s’encastrer dans les poteaux séparateurs de chaussée…

La meilleure des protections est de faire preuve d’une « vigilance de tous les instants » souligne Philippe et d’établir un contact visuel autant que possible avec les autres conducteurs et les piétons notamment dans le cas des double sens cyclables.

Le Code de la rue déjà en marche !

Cette disposition de généraliser les double sens cyclables en zone trente, instaurée partout par le Code de la route en 2008, est une avancée due au Code de la rue. Ce concept né en Belgique est porté par les associations depuis 2006 et qui pose notamment le principe de prudence du plus fort vis-à-vis du plus faible.

Petit à petit, de plus en plus de dispositions sont ainsi mises en œuvre comme, dernier exemple en date, le tourne à droite, actuellement en test à Paris sur quelques carrefours. Les cyclistes peuvent alors en toute légalité passer au feu rouge pour tourner à droite à certaines intersections.

L’ouverture des couloirs de bus aux cyclistes est un autre exemple à Paris même si tous les couloirs ne sont pas accessibles. Seul le panneau ci-contre les signale (ainsi que parfois un sens interdit auquel a été ajouté un panonceau « sauf bus, taxis, vélos »)…

Reste deux points majeurs à faire passer dans les usages estime Dalila : la proportionnalité des peines pour que la sanction soit en rapport avec le danger qu’ils font courir à autrui et le concept de la « ville 30 » où la limitation à 30 km/h devient la règle et les 50 km/h l’exception.

Mais la Fubicy prône aussi : la généralisation des sas en carrefours à feux, du tourne à droite aux feux rouges et aux stops afin de fluidifier le trafic vélo et de d’apaiser les vitesses et de favoriser un meilleur partage de la rue, la suppression progressive des feux et stops devenus inutiles en zone apaisée au profit de la priorité à droite, de sanctionner comme dangereux et plus seulement « gênant » le stationnement sur les aménagements cyclables et des campagnes de sensibilisations des conducteurs au respect des cyclistes.

En attendant, Dalila et Philippe plaident pour une vigilance des cyclistes : on doit avoir tous ses sens en éveil ce qui veut dire ni oreillettes ni écouteurs et chercher le regard des autres usagers de la rue. La clé du succès passe aussi par un respect partagé ! Typiquement « ne pas klaxonner les piétons sur les pistes cyclables mais leur parler », leur lancer plutôt un bonjour qu’autre chose conclut Dalila.

Alors qu’ils préparaient la grande Convergence cycliste du dimanche 3 juin, Philippe et Dalila ont eu la gentillesse de me consacrer du temps, un grand merci à eux !

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Sur paris.fr, le dossier prévention et sécurité routière dédié aux cyclistes où vous trouverez notamment des informations sur les cours de « remise en selle » à tout petit prix proposés en partenariat par des associations cyclistes et la Mairie de Paris.

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Les derniers commentaires

Mathieu_exCO dit :

@kermarrec
Oui, comme cela est prévu par l’article R412-6-1 du code de la route.

kermarrec dit :

j’ai été verbalisé d’une amende de 90€ pour avoir téléphone de mon velibe; Est-ce normal?

citoyen_cycliste_velib dit :

Jeudi 21 juin 2012 à 19h44 à la hauteur du 1, boulevard Victor Hugo à Saint-Ouen, le bus 274, immatriculé 892QBE75, a failli m’écraser. Le bus m’a dépassé, s’est rabattu sur la droite, et allait m’écraser contre le trottoir. J’ai dû crier pour que le chauffeur freine.

pierre dit :

Pourquoi Flo ? Au contraire je trouve que les sas sont très utiles aux vélos,le problème aujourd’hui c’est qu’ils ne sont pas du tout respectés par usagers des autres moyens de transport

flo dit :

Pour les sas aux carrefours à feux, la Fubicy peut laisser tomber. Si c’est pour dépenser de l’argent pour rien, autant remplir le panier d’un vélib de billets et descendre les Champs à toute berzingue !

Autrement merci pour l’article, ce qui va sans dire va encore mieux en le disant :)

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