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Mathieu, voyager autrement
mercredi 8 février

Mathieu, voyager autrement

Marion
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Mathieu Lamour, 25 ans, a tout plaqué pour enfourcher un vélo et partir à la découverte de nouveaux horizons, se laissant la liberté d’être surpris et guidé au fil de ses rencontres. Seule contrainte, se déplacer sans argent, en se faisant héberger et nourrir en échange des services qu’il rend. Après 6 années d’apprentissage dans les réseaux et télécoms, c’est une autre forme d’apprentissage qui débute, de l’agriculture, d’un certain rapport à la nature et aux autres. Rencontre.

Mathieu, quel cycliste es-tu ?

J’ai commencé à vraiment utiliser le vélo comme un mode de déplacement quand j’étais étudiant à Rennes, pour rentrer de soirée la nuit en particulier, parce qu’il n’y avait pas de bus de nuit pratique pour moi. Le « Vélib’ » existe depuis très longtemps à Rennes : on avait un système de location de vélos gratuit, il fallait seulement aller à la mairie pour faire sa carte (NDLR : il s’agit du système « Vélo à la carte » lancé en 1998, 25 stations, 200 vélos, 2500 cartes distribuées, location de 2h consécutives maximum).

Le problème, c’est qu’il n’y avait pas assez de vélos, qu’il fallait des investissements lourds. L’équivalent de la RATP, la Star, a alors lancé le Vélo star (le 22 juin 2009) sur abonnement à 28 euros à l’époque qui fonctionne sur le même principe que le Vélib’. À partir de là, il y a eu plein de vélos (82 stations et 900 vélos), mais certains, comme ma sœur par exemple, ont refusé de payer pour un service qui était avant gratuit. Mais il faut bien admettre que cet apport de fonds a permis de mettre plus de vélos et de démocratiser le service. C’est à cette époque que j’ai commencé à utiliser vraiment le vélo pour me déplacer.

Pourquoi avoir décidé de partir à vélo ?

Quand j’ai débuté mon projet de voyage, je me suis dit que j’avais eu deux voitures qui me coutaient très cher (entretien, essence) mais que je n’avais pas le choix. Là, pour voyager, j’ai évalué le rapport entre mon besoin de déplacement et son prix.

J’ai investi dans un vélo et une troisième roue qui me permet d’avoir quatre sacoches. C’est assez lourd, il y a toute ma vie ! Le premier jour j’ai fait 90 km mais j’étais over-motivé. J’ai eu mal aux jambes ! Quand je me déplace je fais environ 50 à 60 km par jour, c’est cool, ça représente 5 à 6 h. L’intérêt du vélo c’est qu’on prend son temps.

Mon projet est de voyager sans argent, la seule contrepartie est que cela nécessite de l’organisation pour prévoir quelques points de chute, et ce n’est pas forcément une mince affaire ! Je suis passé par des sites de volontariat, notamment de fermes bios mais aussi des réseaux sociaux comme Workaway. L’objectif de départ était d’aller jusqu’en Inde mais je ne suis plus trop sûr. Le but de ce voyage est d’échanger, d’évoluer, de rencontrer des gens qui partagent un peu mes valeurs. Autrefois il y avait beaucoup de saisonniers qui allaient de village en village, proposant leurs services, on faisait d’énormes « fête des battages » après la moisson dans les villages. On manque aujourd’hui de lien social. Au fil de mes déplacements, j’apprends la manière de cultiver différents légumes, l’éco-construction mais aussi la vie à plusieurs, d’une manière plus communautaire. À terme peut-être que je trouverai un endroit où j’aurai envie de m’installer… ou pas. L’idée du nomadisme ne me choque plus.

Au début, on m’a dit que mon projet, c’était de la folie, que ce n’était pas tenable. En étant à vélo, ma seule contrainte est finalement de prendre mon temps. C’est une contrainte relativement cool… Après 4 mois de voyage j’ai gagné en sérénité, je fais un usage de mon temps plus intelligent, je ne m’emmerde pas avec une voiture, les contrôles techniques, l’essence, etc. Finalement, aller vers la simplicité peut paraître dangereux et courageux mais cela apporte beaucoup plus que cela ne coute.

Est-ce que voyager à vélo change le regard des autres ?

Rien qu’ici, tout à côté de Rennes dont je suis parti en novembre 2011, j’ai été surpris par la possibilité de rencontrer des gens à travers le vélo. Je me suis arrêté à côté de Rennes à Fougères dans un restaurant pour y prendre un chocolat. Un homme en face de moi a vu mon vélo et m’a parlé. La patronne du restaurant nous a entendu discuter de mon projet et elle est revenue avec une crêpe caramel beurre salé offerte par la maison. Elle m’a dit que c’était une manière de m’encourager. Quand je me déplace, soit je fais du couchsurfing (un réseau social d’hébergement gratuit sur son canapé dont je vous avais parlé) soit je demande aux gens si je peux planter ma tente. À chaque fois les gens sont super accueillants.

Que penses-tu des vélos en libre-service comme Vélib’ ?

Le concept est très intéressant. Après, il y a des choses à améliorer, à Rennes, des quartiers ont été défavorisés en matière d’implantation des stations, comme à Paris, il y a eu des vols de vélos. J’ai fait du Vélib’ et j’aimerai qu’il y ait encore plus de stations à l’extérieur de la ville, et même au-delà (NDLR : par décision de justice en respect du code des marchés publics, Vélib’ n’a pas le droit aujourd’hui d’être étendu au-delà de 1.5km des limites administratives de la ville). Les vélos en libre-service sont une bonne chose pour l’écologie et aussi en termes de consommation : on ne possède plus un mode de transport mais on partage un service pour se déplacer. Je pense qu’il faut aller encore plus loin dans le changement, faire bouger les mentalités en matière de déplacement.

Et puis il y a aussi un côté sympa dans le Vélib’, c’est peut-être un peu bobo, mais j’ai eu comme l’impression d’une sorte de fraternité entre usagers. Au début, on se fait des coucous, des sourires. C’est un des gros avantages du vélo par rapport à la voiture. Quand on est en voiture on est dans sa bulle et dans une ville comme Paris on est seuls. Le vélo nous immerge dans la ville et crée naturellement des échanges.

Merci à Mathieu. Découvrir son blog. Sa page facebook

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Les derniers commentaires

Monique Chabourine dit :

Belle initiative et surtout très courageuse. Belle leçon de vie à l’heure où la communication est virtuelle. Chapeau pour ce challenge et bonne route sans oublier de nous faire partager cette merveilleuse expérience. Bravo!

armaiz dit :

Idée excellente…faut il encore aimer l’aventure et le vélo mais franchement supére idée.J’espére qu’il profitera a fond du voyage et qu’il nous fera partager tout ça;) Bonne route a lui.

Site Officiel Vélib
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